Vie ouvrière  Feuillet 3 - A -

Le réveil sonne
Et comme un con
Je me lève
Comme tous les autres cons
Pour aller bosser
Retrouver les machines
Qui racontent toujours les mêmes bruits
Retrouver les chefs
Qui gueulent toujours les mêmes mots

Je me lave vaguement
Je bois le café rapidement

La route défile
Je ne vois que le ruban blanc
Il y a des gens
On n'a pas le temps de se regarder
Ca roule
Ca double

Ca joue à celui qui ne sera pas farcé
J'arrive avant le soleil
J'ai pas vu la fleur perdue dans le fossé
J'ai fait peur à l'oiseau qui mangeait sur le goudron

C'est reparti pour un tour
Heureusement il y a les copains qui disent bonjour
C'est peut-être pour ça que je suis revenu
A l'usine …

           Airel

- B -

Un militant, c'est une lumière dans la nuit
Une lumière qui ne sert qu'à ceux qui cherchent leur chemin

Un militant, c'est comme la flamme du soldat inconnu
Une flamme qui brûle par tous les temps

Un militant, c'est une musique
Il donne le rytme et qui entraine.

Un militant, c'est un enfant
Il pose la même question mille fois s'il le faut

Un militant, c'est une vague de la mer
Une vague qui recommence sans cesse

Un militant, c'est un oiseau
Il voudrait s'envoler vers la liberté mais revient au nid chaque fois

Un militant, c'est un homme
Perdu dans un désert surpeuplé

Un militant, c'est un pélican
Il se laisse manger pour que vivent ses petits

Un militant, c'est un rocher
Dans la tempête, une bouée sur la mer

Un militant, c'est un homme qui lutte
Malgré la peur ou la solitude

Un militant, c'est comme le vent
Il caresse, il fouette, il empêche de dormir

Un militant, c'est un écho
Il empêche le cri de mourir

Un militant, c'est comme un château de sable
Que la mer voudrait détruire

Un militant, c'est comme un fleuve
Sa puissance vient de ses affluents

Un militant, c'est un soleil
Il fait vivre et donne envie de vivre

          Airel
- C -

Asseyez-vous
Vous manquez beaucoup
L'usine ne pourrait pas tourner
Si tous manquaient comme vous
Puisque vous aimez vous absenter
Nous vous demandons de vous absenter
Définitivement
Au revoir Monsieur.

Mais monsieur si je manque
C'est parce que…

Au revoir monsieur
Vous ne nous manquerez pas
Il y en a d'autres qui attendent

Il s'en va
Les larmes dans la gorge
La tête vide
Les yeux sans regard
Les mains en forme de poing

Il a peur
Il ne pourra plus se soigner
Il ne pourra plus payer le médecin
Ni le manger pour la famille

Il s'accroupit dans un coin
Derrière les murs de l'usine
Et il attend
La mort
Il n'y a plus qu'elle pour l'embaucher

Il a été trouvé par hasard
Ceux qui constatent la mort
Ont dit qu'il est mort de mort naturelle
Son patron en l'apprenant a dit
Il va nous manquer.

                                       
Airel

- D -

ILLEGAL ESSAI

………………………..
"…..Monsieur, vous m'intéressez beaucoup,
Vous êtes l'homme qu'il me faut".

L'homme sourit de bonheur à ces mots :
Il quitte enfin la galère
Même s'il n'est qu'intérimaire.
C'est, a dit le patron le passage obligé
Avant d'être définitivement engagé.
Il travaille, c'est l'important ;
L'intérim ne durera qu'un temps
Après ce sera la vie normale
Mais pas banale,
La joie des enfants
Soulageant leur appétit d'éléphant,
Le tendre accueil de sa femme caressante
Récompense d'une journée harassante.

Qu'elle est belle cette aciérie !
Les rouges jaillissent comme des cris !
L'acier transformé en langue vivante
Se déroule en couleur rougeoyante
Se fige peu à peu,
Devient poutres, tubes pleins ou creux.

Une, deux semaines passent
Toujours heureux même si le travail lasse.
Il devient sidérurgiste
La vie n'est plus triste.
Sans compter, il se donne à son travail
                                      jamais terminé
Pour décrocher le contrat à durée indéterminée.


C'est le cinquième dimanche,
La coulée s'étale pourpre et blanche.
Le contremaître vient à lui
Alors que finit la nuit :
"Inutile de venir demain.
Tu continueras ton chemin,
Mais c'est ailleurs que tu vas le faire,
Le patron dit qu'ici,
tu ne fais pas l'affaire".

Et recommence la nuit…
Les silences, les ennuis…
La galère, la famille mal lotie…
C'est reparti…

Le lendemain, le patron reçoit
Dans son grand bureau bourgeois
Un homme sans travail et sans le sou :
"…….Monsieur, vous m'intéressez beaucoup

………………………………."                                                                                  Airel

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